L’esthétique et la calligraphie

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Expressivité de l’art sacré son expressivité de l’art sacré. Dans le jargon de l’esthétique moderne, on utilise souvent des qualificatifs comme dynamique, brillant, médiocre, efficace, etc. Dans la culture traditionnelle, on utilisait d’autres termes pour qualifier une œuvre calligraphique : solide, doux, correct, simple, sincère, majestueux… Mais au-delà de ces qualificatifs modernes ou anciens, « l’expressivité » est un élément important qui permet d’évaluer les caractéristiques esthétiques d’une œuvre d’art. Selon ce principe d’expressivité, l’œuvre d’art doit véhiculer un sens. En d’autres termes, elle doit exprimer une idée, une sensation ou une intuition. La calligraphie est-elle un art « expressif » ? Si nous supprimons la rhétorique, le sens des mots et des phrases, quel autre message pourrait être véhiculé par la calligraphie ? Dans le domaine des arts religieux, si la calligraphie n’avait pas été mise au service de l’écriture du texte coranique, comment aurait-elle été considérée comme un art sacré ? Est-ce uniquement le thème qui fait de la calligraphie, un art sacré ?

Pour répondre à ces questions, il faut préciser que si la calligraphie n’avait pas été exploitée en tant que moyen d’expression des notions métaphysiques, elle n’aurait pas dépassé les limites de « technique » et ne serait jamais devenue un art. Il est donc exclu de croire que la calligraphie aurait pu ne pas être utilisée pour l’écriture du texte coranique. Comme nous l’avons déjà évoqué, la présence du livre sacré est à l’origine de l’apparition et du développement de la calligraphie islamique. Il est à noter ici que dans les civilisations où il n’existait pas de liens avec un texte sacré, comparable aux liens existant dans les civilisations orientales, la nécessité du développement de l’art calligraphique n’a jamais été ressentie.

En tout état de cause, dans le monde musulman et dans les civilisations de l’Extrême-Orient, certains textes étaient considérés comme particulièrement sacrés. En d’autres termes, ces textes étaient porteurs d’une essence pure, invisible et surnaturelle. Dans ce sens, nous pouvons dire que le premier verset de la sourate LXVIII du Coran (« Le Calame ») est un point qui exhorte à réfléchir sur les caractéristiques méconnues de l’écriture et des propriétés occultes des lettres de l’alphabet : « Noun. Par le calame et ce qu’ils écrivent. » Cela a amené les calligraphes musulmans à œuvrer constamment pour créer de nouvelles formes d’écriture.

Le monde spirituel et l’expression

Dans la vision traditionnelle du monde, l’existence du monde spirituel est considérée comme une réalité indéniable. Le calligraphe a donc des liens avec la vérité du sacré et le monde spirituel. Mais duquel aspect de ce monde sacré la calligraphie se fait-elle l’expression ? Le monde spirituel n’est pas celui des émotions et des sentiments humains. C’est le monde des vérités pures et de la perfection. Dans la vision traditionnelle du monde, le monde spirituel est l’univers des idées où chaque phénomène est représenté dans sa forme la plus parfaite (donc la plus belle). Par conséquent, la vérité serait la beauté absolue. L’artiste qui se tourne vers ce monde spirituel se détache de l’expression des différents aspects de ce bas monde, et se met au service de l’expression de la vérité céleste. Voilà la particularité la plus remarquable de l’art religieux.

Les arts traditionnels sont appliqués et expressifs. Etant donné le statut des traditions en tant que vérités indéniables, les arts traditionnels apparaissent comme des moyens au service des besoins réels et effectifs de l’homme. L’art traditionnel est donc dans sa définition un art appliqué. Il est intéressant de savoir que les détracteurs des arts traditionnels s’attaquent exactement à leur vocation utilitaire. En ce qui concerne la calligraphie, ils disent que le calligraphe se sert des formes statiques et très peu évolutives de l’alphabet pour véhiculer certaines pensées humaine ou ses idées et croyances hiératiques. Ces critiques proposent ensuite l’hypothèse de la suppression des significations sémantiques de l’écriture pour en déduire que dans ce cas, la calligraphie (libérée des conventions sémantiques de l’écriture) révélerait sa juste valeur esthétique fondée sur des formes qui ne signifieraient pratiquement rien. Ils concluent finalement que la calligraphie n’est qu’un instrument à vocation utilitaire pour enregistrer et exprimer les pensées humaines.

Or, dans la vision traditionnelle, l’aspect utilitaire de l’art est sa valeur principale, car il met l’art au service de l’expression de la beauté absolue, c’est-à-dire la vérité absolue. La compréhensibilité de la beauté est un moyen pour l’homme qui vit dans une civilisation traditionnelle de sortir de la matérialité de son existence, et de se rapprocher de la divinité. L’homme mortel se tourne ainsi vers la spiritualité en tant que moyen lui assurant son éternité. Le lien qu’il établit avec le monde occulte est un rapprochement de la perfection infinie. Chaque beauté et chaque expérience esthétique permettent à l’homme traditionnel de se rapprocher davantage de la source de l’émanation divine.

L’expression de la beauté est la finalité de l’art calligraphique

Le calligraphe essaie de comprendre la beauté. Cette quête de la beauté prend tout son sens dans une sphère culturelle où la calligraphie est considérée comme un phénomène puisant dans  la spiritualité. L’artiste reproduit des formes calligraphiques en s’inspirant du monde spirituel. En d’autres termes, l’imagination de l’artiste est influencée par l’idée de la reproduction de la beauté absolue : la vérité. Le philosophe et théologien Ghazali (1058-1111) écrit que l’imagination ne prend pas les formes et figures du monde des apparences et des sensations, mais s’inspire directement de la source principale des formes et figures du monde céleste. Ghazali ajoute que l’expression de la beauté absolue est donc celle de la pure vérité. De ce point de vue traditionnel. Le calligraphe cherche donc la meilleure équation entre les composantes de l’écriture et les formes géométriques. Les particularités esthétiques de son travail font ressortir somptuosité, énergie, mobilité et désir d’émancipation.

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